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Spontané sur tout le pourtour du bassin
méditerranéen, le figuier alias Ficus carica, de la
famille des urticacées (comme l'ortie...) s'aventure rarement au Nord de
la Loire. Il remonte pourtant jusqu'en Bretagne et même en Angleterre,
et faisait l'objet d'une culture intensive à Argenteuil au XIXème
siècle. Moyennant quelques précautions que nous allons ici passer en
revue, il est possible de cultiver le figuier presque partout en France,
et d'en déguster les fruits.
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Un
mode de végétation particulier
Si le figuier est traditionnellement considéré
depuis l'antiquité comme un symbole de fertilité, c'est que dans les
pays du pourtour de la Méditerranée, il est sans cesse occupé à la
production. Ses rameaux portent toute l'année des fruits ou de jeunes
figues en cours de maturation.
Sous nos climats, il subit un arrêt de végétation plus ou moins marqué
suivant la rigueur de l'hiver, et ne reprend son cycle qu'au printemps
suivant. Pour bien maîtriser la culture du figuier, il est important de
comprendre son mode très particulier de végétation.
Une fois que l'arbre est entré en
production, les pousses de l'années portent de minuscules petites "
figues", directement insérées à l'aisselle des feuilles. Ces figues
miniatures, grossissent pendant l'été, et donnent les fruits de la
récolte d'automne, la plus importante dans les régions méditerranéennes.
En même temps que ces figues grossissent, puis mûrissent, la pousse qui
les porte continue de s'allonger. D'autre mini figues, qu'on appelle les
"figues-fleurs", apparaissent le long du rameau. Celles là n'auront pas
le temps de venir à maturité. L'hiver arrivant, l'arbre se met en repos,
et les feuilles tombent. Mais les figues-fleurs ne tombent pas. Elles
restent sur l'arbre, et si elles n'ont pas gelé pendant hiver (c'est
tout le secret de la réussite des figues dans la zone Nord), elle
reprendront leur croissance au printemps suivant, et donneront une
récolte au début de l'été.
Culture du figuier
Dans les régions Sud, c'est la récolte des figues
d'automne qui est prépondérante, et il n'y a pas de précaution
particulière à prendre pour la réussir. Dans la zone Nord, il en va tout
autrement. On ne peut compter que sur la récolte d'été, issue des
figues-fleurs qui auront réussi à passer l'hiver sans encombre.
Réservez donc au figuier une exposition ensoleillée, contre un mur
exposé au sud, car il a besoin de beaucoup de chaleur pour donner des
fruits sucrées. Buttez le en hiver, pour que la souche puisse repartir
en cas de forte gelée. Le bois du figuier gèle à -15°, mais la touffe se
régénère très bien à partir de rejets l'année suivante.
Pour protéger en hiver les précieuses
figues-fleurs, liez entre eux les brins de la touffe pour les resserrer,
et entourez les d'un plastique "à bulles" garni de paille sèche. Il faut
veiller à bien protéger la paille contre la pluie pour lui garder son
efficacité, et découvrir début mars, par temps couvert pour éviter les
coups de soleil qui brûlent l'écorce.
Le figuier est peu exigeant sur la nature du sol,
c'est un des arbres les plus accommodants et les plus robustes qui
soient. Le calcaire lui convient bien, ainsi que les sols
argilo-siliceux, se réchauffant vite au printemps. Il ne craint pas la
sécheresse, mais se trouve bien d'un ou deux arrosages abondants pendant
la saison chaude, qui aident au grossissement des fruits.
Un apport régulier de compost bien décomposé, épandu par griffage,
soutiendra la production de cet arbre à la végétation généreuse.
Multiplication
Le figuier se multiplie facilement par bouture, à
partir d'une partir de bois de l'année muni de son bourgeon terminal, et
pourvu d'un peu de bois de deux ans du côté du talon. Mettre en place
dans une terre légère, enrichie d'un peu de terreau bien décomposé, et
ne laissez pas manquer d'eau la première année pour faciliter la
reprise.
Le marcottage réussit également très bien, en couchant au printemps un
long rameau souple contre le sol. Sevrer à l'automne, et repiquer comme
précédemment. Enfin on peut tout simplement prélever des jeunes rejets à
la base de la touffe, il portent souvent un peu de racines à leur
empâtement et reprennent très facilement.
Le greffage, en écusson au mois de juin, ou en couronne en juin
également, ne présente pas beaucoup d'intérêt, à cause des rejets que va
émettre en permanence le porte-greffe. Il se justifie dans le cas d'un
arbre sauvage donnant des fruits de mauvaise qualité, mais que l'on veut
conserver parce qu'il est bien implanté dans le jardin. Il faudra alors
le mener sur une seule tige, en supprimant systématiquement tout les
rejets à la base.
Taille
Il n'est pas nécessaire de procéder à une taille
de fructification, les pousses nouvelles portant chaque année des figues
fleurs puis une récolte. On se contente d'une taille d'entretien pour
supprimer les rameaux âgés, au port retombant, et favoriser les jeunes
repousses fertiles.
Dans les régions septentrionales, il est préférable de garder à la
touffe un encombrement réduit, pour pouvoir la protéger efficacement en
hiver. Les figues fleurs mûrissant sur le bois de deux ans, on pratique
une taille en cépée, en supprimant au début de l'hiver toutes les
pousses ayant fructifié. Les pousses de l'année sont conservées, elles
portent les figues de l'été prochain, et de nouveaux rejets apparaîtront
au printemps qui assureront le renouvellement.
On peut aussi mener le figuier "en espalier" contre un mur pour lui
garantir l'ensoleillement maximum. Les rameaux latéraux sont guidés le
long du mur, les autres seront supprimés pour maintenir une forme plate.
Maladies
Le figuier est peu sujet aux problèmes
phytosanitaires, surtout en culture d'amateur. Les principaux ennemis
sont la cochenille, qui peut affaiblir considérablement les arbres.
Traitez aux huiles blanches (non complétées d'insecticides de synthèse),
comme phytane, ou Oliosans.
La mouche de la figue sévit en pondant ses oeufs dans l'oeil du jeune
fruit. Celui ci pourrit rapidement, et tombe avant maturité. La lutte,
comme pour toutes les mouches des fruits, est assez difficile au niveau
amateur. Détruire les fruits atteints dès le début de l'attaque. Dans
les régions de production, on peut connaître les dates des vols grâce
aux stations de la protection des végétaux, et traiter juste au bon
moment avec un insecticide à base de rothénone.
Les variétés
Il existe deux types de figuiers. Les variétés
unifères, qui donnent une récolte à l'automne, et les variétés bifères,
qui donnent une première récolte à partir des figues fleurs de l'année
précédente, suivi dans les climats chauds d'une seconde récolte en
automne.
Blanquette, ou marseillaise :
Commune dans le Sud-ouest et le Midi. épiderme
jaune verdâtre, chair rose pâle très sucrée, pour la production
d'automne. Unifère
D'Argenteuil, ou Versaillaise Blanche :
Epiderme jaune verdâtre, chair blanche très
sucrée. Rustique, bien adaptée au climat parisien. Bifère.
D'Abondance, ou Franque paillarde :
Fruit brun foncé, à chair rose saumoné,
juteuse, moyennement sucrée. Bifère
Dauphine
Fruit gros, violacé à chair rose, juteuse,
sucrée. Bifère
Barnissotte, ou Boursajotte :
Fruit violet à chair ferme, production
d'automne pour le midi. Unifère
La Célestine ou cavalière :
Variété traditionnelle du Sud-ouest, épiderme
gris violacé, une des meilleures figues primeur. Bifère.
"la culture du figuier à Argenteuil"
Pour
pouvoir les protéger facilement contre le froid, on cultivait les
figuiers dans de larges tranchées peu profondes. Les arbres étaient
plantés obliquement sur un des talus, et taillés de manière à former
une touffe de branches souples. Aux premiers froids, on effeuillait
les dernières feuilles, puis on couchait les arbres en les attachant
au fond de la tranchée, et on les recouvrait de paille sèche et d'une
couche de feuilles à décomposition lente (platane). Au printemps, on
découvrait les arbres, par temps gris pour leur éviter les brûlures.
Cette méthode est la meilleure qui soit pour assurer la récolte des
figues-fleurs dans les régions septentrionales, et rien ne vous
empêche de vous y essayer. En 1890, on estime qu'à Montreuil 70ha de
vergers étaient consacrés à cette culture du figuier.
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