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- Il n'y a pas si longtemps de cela, au milieu du XVIIe
siècle, les botanistes croyaient encore que le pollen était une
sécrétion sans intérêt rejetée par les plantes on ne sait trop pourquoi.
Et les fleurs des ornements poétiques qui se transformaient en graines
ou en fruits on ne sait trop comment...
Aujourd'hui on connaît plutôt
bien le mode de fécondation des plantes, on sait que les fleurs sont
l'équivalent végétal des organes sexuels,(hé oui, les jolis
bouquets...), que le pollen sert à la pollinisation, et que même le
jardinier doit en tenir compte lorsqu'il veut avoir de bonnes récoltes
de pommes, de poires ou de noisettes. Nous allons voir ici d'un peu
plus près comment se reproduisent les plantes à fleur, pour mieux
comprendre et apprécier ce qui est à l'oeuvre dans la nature et dans
notre jardin.
- Impossible rencontre
Le bébé des plantes, c'est la graine, et chez les plantes
comme chez tous les êtres vivants, pour faire un bébé, il faut des
parents. C'est à dire une rencontre entre un père et une mère, ou du
moins entre un spermatozoïde et un ovule. Comment faire quand on est une
plante, et qu'on a pas la possibilité de se déplacer ? Les algues
procèdent le plus simplement du monde en relâchant leurs ovules et leurs
spermatozoïdes directement dans la mer. Ces spermatozoïdes ressemblent
tout à fait à ceux des animaux, et sont pourvus de flagelles avec lequel
ils nagent à la rencontre des ovules. Les mousses et les fougères,
plantes primitives, procèdent un peu de la même manière et ont besoin
d'humidité au moment de la fécondation. Seules les plantes à fleur,
celles qui nous intéressent aujourd'hui, sont définitivement affranchies
du milieu humide pour leur fécondation. Elles ne dispersent pas
directement leurs gamètes mâles dans la nature, mais les font voyager
protégés sous la forme de grains de pollen. Et les gamètes femelles
restent bien à l'abri au sein de la fleur.
Dans le vent Si les plantes ne peuvent se déplacer, le pollen porteur de
la semence mâle est capable de le faire, en empruntant des véhicules
très variés. Véhicules n° 1 : le vent. C'est probablement premier des
véhicules à pollen qu'ont utilisé les plantes à fleurs et celui
qu'utilisent encore aujourd'hui les conifères, les graminées, et de
nombreux arbres de la forêt. Oui, les sapins, les chênes, le chiendent,
les bouleaux fleurissent, mais si discrètement qu'on a tendance à
l'oublier. On qualifie ces plantes d'anémophiles, c'est à dire
littéralement "qui aiment le vent". Leur pollen est très léger, fin et
lisse pour être facilement transporté par le vent. Celui des conifères
comporte même deux sortes de petits ballons latéraux, les sacs aériens,
qui se gonflent quand l'air est chaud pour lui permettre de s'élever. Le
soir, quand la température redescend, les grains de pollen
s'alourdissent et retombent sur les cônes femelles... ou à côté ! Ce
mode de dispersion n'est en effet pas très économique, il y a beaucoup
de pertes. Et pour compenser ces pertes les plantes anémophiles
produisent d'énormes quantités de pollen. Certaines années ce sont de
véritables pluies de poudre jaune soufrée qu'émettent au printemps les
forêts de résineux, et on a pu calculer qu'en Europe en moyenne 300
millions de grains de pollen en tous genres se déposent chaque année sur
un mètre carré de terrain ! Pour faciliter cette abondante production
de pollen, les plantes anémophiles sont en général unisexuées, c'est à
dire que les fleurs mâles et les fleurs femelles sont séparées. Les
noisetiers ont beaucoup de chatons (les fleurs mâles), pour fabriquer
beaucoup de pollen, et relativement peu de glomérules, (les fleurs
femelles) qui donneront les noisettes. Ces plantes, amies du vent,
poussent très souvent en population dense et nombreuse, dans les forêts,
ce qui augmente les chances de pollinisation réussie. Les graminées
procèdent également de cette manière, et poussent en troupes nombreuses
dont les épis en fleurs, portés par de longues tiges souples ondulent au
gré du vent en émettant un nuage continu de pollen. Elles sont pour la
plupart hermaphrodites, c'est à dire que chacune de leurs fleurs est à
la fois mâle et femelle. Le maïs constitue dans ce groupe une exception,
avec ses épis mâles perchés à près de deux mètres en haut de la tige et
ses épis femelles insérés à l'aisselle des feuilles.
La fleur et l'insecte Si les plantes anémophiles n'exposent pas ostensiblement
leur floraison, les entomophile, celles "qui aiment les insectes"
cherchent au contraire à en montrer le maximum. Leurs fleurs sont
odorantes, elles se parent de couleurs vives, déploient largement leurs
corolles. Le but étant d'attirer les insectes qui vont servir de
véhicule pour les précieux grains de pollen. Certaines fleurs bernent
sans vergogne les pauvres insectes alléchés (encadré), mais la plupart
les remercient en les nourrissant avec une partie du pollen ou quelques
gouttes de liquide sucré. Quand un insecte visite la fleur pour y
butiner du nectar, ou carrément pour lui manger les étamines, il en
repart avec une moisson de grains de pollen collés sur son corps. Et
quand il continue plus loin sa quête de nourriture, il emporte avec lui
tous ces grains voyageurs dont il déposera une partie sur les stigmates
d'une autre fleur (de la même espèce). Ce pollen à véhicule insecte
n'est pas léger et fin comme celui des conifères, mais au contraire
lourd et un peu collant, souvent aggloméré en petites pelotes, et pourvu
de pointes, d'aspérités adhérentes qui lui permettent de bien
s'accrocher. Et les insectes efficaces dans la pollinisation ont en
général une pilosité abondante. Les papillons, qui pollinisent plus
spécifiquement les fleurs à corolle profonde, les oeillets, le datura,
les chèvrefeuilles, ont souvent un corps velu qui retient bien le
pollen. Les abeilles aussi sont couvertes de poils, et il faut les voir
quelquefois toutes barbouillées de poussière jaune quand elles rentrent
à la ruche après avoir butiné dans un champ de tournesol. Ce sont des
pollinisatrices très efficaces, et la présence de ruches au sein d'un
verger, au bord d'un champ de colza ou encore près de cultures de
plantes porte graines augmente considérablement les rendements. Dans les
vergers enherbés, il faut veiller à faucher la végétation basse, en
particulier les pissenlits, car les abeilles butinent de préférence les
fleurs les plus rentables pour elles, et ce ne sont pas forcément les
mêmes que pour l'arboriculteur.
La fécondation Il ne faut pas assimiler trop rapidement le grain de pollen
avec un spermatozoïde. Une fois la pollinisation accomplie, que ce petit
grain de vie a été déposé par le vent ou par un insecte sur l'extrémité
du pistil, commence une subtile alchimie. Le pollen est d'abord
réhydraté par un mucus visqueux sécrété par l'organe femelle, puis il se
met à germer. Un peu comme une graine qui émettrait une racine unique,
il pousse un long tube pollinique qui chemine à l'intérieur du style en
direction de l'ovule. Ce tube pollinique porte à son extrémité les
gamètes mâles, deux spermatozoïdes. Le premier s'unit à l'ovule et
féconde la future graine, tandis que l'autre, en s'unissant à deux
cellules femelles, initie la formation du tissu nourricier et des
enveloppes du fruit. La pollinisation est en fait le point de départ
d'une double fécondation, qui donne naissance simultanément à la graine
et au fruit. Certaines plantes ont la curieuse propriété de pouvoir
donner des fruits en l'absence de fécondation. Les bananes, les
clémentines, mais également les cormiers, certaines variétés de poires,
peuvent être parthénocarpiques, c'est à dire que la croissance du
carpelle se transformant en fruit peut s'effectuer en l'absence de
fécondation. Ces fruits sont bien entendu alors dépourvus de
pépins.
Eviter la
consanguinité La sexualité est un mode de
reproduction qui met en jeu deux individus différents. Les plantes qui
portent souvent en même temps des organes mâles et des organes femelles
peuvent déroger à cette règle et avoir recours à l'autofécondation,
c'est à dire se polliniser elles-mêmes. Ce qu'elles font quelquefois.
Mais en règle générale elles déploient des stratégies destinées à éviter
la "consanguinité" et favoriser la fécondation croisée. De nombreux
arbres fruitiers par exemple sont autostériles, chez eux
l'autofécondation est rendue impossible par des auxines qui inhibent la
germination du pollen provenant de leurs propres fleurs. Seuls les
gamètes provenant d'une plante différente pourront ainsi atteindre
l'ovule. Chez d'autres plantes la maturité des fleurs mâles et des
fleurs femelles est décalée dans le temps. Les chatons du noisetier
éclosent bien avant les fleurs femelles, ce qui le rend pratiquement
autostérile. Chez les fleurs hermaphrodites, c'est un décalage de
maturité entre les étamines et les stigmates qui évite
l'autofécondation. Il n'y a cependant pas chez les plantes un
équivalent du tabou de l'inceste. Si les insectes pollinisateurs ne se
présentent pas, ou si le temps est trop humide pour permettre la bonne
diffusion du pollen, la fleur se féconde elle même. Pour sauver la mise
en quelque sorte, dans l'attente de jours meilleurs. La campanule
délaissée par les insectes finit par recourber ses stigmates pour les
amener au contact des étamines, les fleur tubulaires des composées se
saupoudrent elles mêmes de leur propre pollen. Il y a même des plantes
qui ont recours systématiquement à l'auto fécondation. Les haricots et
les pois, qui ont pourtant une fleur bien conçue pour être visitées par
les insectes sont en fait auto pollinisatrices. Vous ne verrez jamais
d'abeilles butiner vos petits pois. L'orge et le blé font de même, et
n'ouvrent quasiment pas leurs fleurs écailleuses, préservant ainsi leur
pureté variétale. Par contre les courges ou les cornichons, avec leur
floraison unisexuée, ne peuvent pas se passer d'insectes. Les fleurs
femelles non visitées sont irrémédiablement perdues. Mais la période de
floraison de ces plantes est suffisamment étalée pour que d'autres
fleurs plus chanceuses leur assurent une descendance.
La pollinisation au
jardin La faune d'insectes sauvages et
d'abeilles vagabondes est suffisamment abondante au jardin pour assurer
la pollinisation des récoltes. Dans les périodes pluvieuses, vous
pourriez éventuellement avoir à prélever un peu de pollen avec un
pinceau sur les fleurs mâles pour polliniser les courges. J'ai une année
semé des courgettes hybrides F1 dont les fleurs n'arrivaient pas à se
déployer. Il me fallait régulièrement couper l'extrémité des corolles
pour permettre aux abeilles d'y pénétrer. Semez le maïs en poquets,
ou en carré, plutôt qu'en ligne. Ceci pour favoriser la pollinisation
anémophile de cette espèce. Au verger il faut absolument tenir compte de
l'autostérilité éventuelle de certains arbres fruitiers (voir tableau).
Si la place vous manque pour planter un deuxième sujet d'une variété
différente, vous pouvez tourner la difficulté en sur greffant votre arbre
avec la variété pollinisatrice, de manière à avoir deux variétés sur le
même pied. Ou encore, ultime recours, accrochez dés le début de la
floraison des bouquets de branches fleuries provenant d'une variété
adéquate. Et si le virus vous prend de devenir "inventeur de fruits",
ou créateur de roses, vous pouvez vous essayer à jouer les véhicules à
pollen avec un petit pinceau fin, et hybrider sciemment une variété avec
une autre. Mais ça, c'est une autre histoire dont nous reparlerons plus
tard.
A lire, ou à relire absolument : Vie et moeurs des
abeilles de Fon Frish, et bien sûr Amours et civilisations végétales,
par l'homme des plantes Jean Marie Pelt
Les raisons du cerisier Les cerisier, les
pommiers, les châtaigniers, font partie des plantes auto
stériles. C'est à dire que si vous plantez un arbre d'une
variété donnée, vous devez obligatoirement planter dans son
voisinage un arbre d'une variété différente pour permettre la
pollinisation et récolter des fruits. Pour la fleur d'un
cerisier Burlat par exemple, le pollen d'un autre cerisier
Burlat n'est pas perçu comme venant d'une arbre différent. Il se
trompe direz vous. Et bien non, le cerisier ne se trompe pas.
Dans la nature, chaque cerisier sauvage est effectivement
différent de son voisin, car tous sont issus de semis, de
graines possédant un patrimoine génétique hérité de chacun des
deux parents. Mais dans un verger, les arbres sont multipliés
par greffage, et non par semis. Ce qui signifie que tous les
arbres d'une variété donnée sont des clones, des duplicata
strictement identiques au pied mère de départ. Avec le même
patrimoine génétique pour chacun. Vous voyez bien que c'est le
cerisier qui a raison ! découverte scandaleuse.
Ce n'est pas un botaniste patenté, mais un amateur, un
directeur d'école de Spandau, près de Berlin, qui à le premier
décrit en 1793 le principe de la pollinisation des plantes par
les insectes. Son ouvrage intitulé " la découverte du mystère de
la nature concernant la constitution et la fécondation des
fleurs" fut d'ailleurs très mal accueilli par les scientifiques
de l'époque. Pensez donc, un amateurs ! Son éditeur, sans doute
un peu honteux d'avoir commis un tel ouvrage scandaleux lui
refusa ses exemplaires d'auteurs. Et pour comble d'infortune, il
fut révoqué de son poste pour "négligence de ses obligations
dominicales". En clair pour avoir passé ses dimanches à errer
dans la campagne plutôt que d'aller à la messe. Ce n'est que
bien plus tard, au milieu du XIXeme, que Charles Darwin
redécouvrit cette oeuvre qui l'émerveilla et lui rendit justice.
Et Sprengel qui dû gagner sa vie en donnant des leçons
particulière est aujourd'hui la fierté de sa ville natale...
Les orchidées aguicheuses
Les fleurs des ophrys, les orchidées de nos
prairies, utilisent leurs insectes pollinisateurs sans le
moindre scrupule. Ici pas de gratification, de remerciement sous
forme de nectar ou de pollen.
Pour attirer ses auxiliaires,
la fleur se déguise en insecte. Elle imite la forme de
l'abdomen, les couleurs, l'odeur, les rayures, jusqu'à la
disposition des poils d'un bourdon ou d'une abeille femelle. Le
mâle de l'espèce passant par là croit tout de suite à une
invitation galante, et se pose sur ce qu'il pense être une
partenaire consentante. Il essaie de copuler, s'excite, s'agite
frénétiquement un bon moment avant de reconnaître sa méprise, et
repart frustré, mais couvert de pollen... vers une nouvelle
mésaventure.
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Mode de pollinisation des
principales espèces fruitières
(d'après "fruits oubliés) Pour savoir
si votre fruitier a besoin d'un compagnon
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Espèces |
Floraison
pollinique |
Pollinisation |
Compatibilité |
|
Actinidia |
Dioïque |
Entomophile |
|
|
Abricotier |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
Auto compatible.
quelques variétés
auto stériles |
|
Amandier |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
Généralement auto incompatible quelques variétés
auto compatibles |
|
Cassis |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
généralement auto incompatible |
|
Cerisier |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
généralement auto incompatible |
|
Châtaignier |
Monoïque |
Ambophile |
Autostérile |
|
Framboisier |
Hermaphrodite |
Entomophile |
Auto fertile |
|
Figuier |
Dioïque |
Entomophile |
Nombreuses variétés parthénocarpiques |
|
Griottier |
|
Entomophile |
Auto fertile |
|
Groseillier |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
Auto fertile |
|
Myrtille |
Fleurs Hermaphrodites |
Entomophile |
Auto compatible |
|
Noisetier |
Monoïque |
Anémophile |
Pratiquement autostérile |
|
Noyer |
Monoïque |
Anémophile |
Auto compatible |
|
Olivier |
Hermaphrodite |
Anémophile |
Auto incompatible quelques variétés
auto fertiles |
|
Pêcher |
|
Entomophile |
Auto compatible |
|
Poirier |
|
Entomophile |
Autostérile |
|
Pommier |
|
Entomophile |
Autostérile |
|
Prunier |
|
Entomophile |
50 % Autostérile/50 % Auto fertile |
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Vigne |
|
Anémophile |
Auto fertile Autostérilité
rare |
Fleur hermaphrodite :
à la fois mâle et femelle Monoïque : fleurs mâles et femelles séparées
mais portées par le même pied Dioïque : fleurs mâles et fleurs femelles
portées par des pieds différents. Anémophile : pollinisé par le
vent Antomophile : pollinisé par les insectes Parthénocarpique : fructifie en l'absence de
pollinisation
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