La chasse aux
graines
La récolte des graines d'arbres est
une manie innocente que beaucoup d'entre vous pratiquent peut-être. Pour ma part, je ne peux pas résister à l'envie de
mettre dans ma poche les glands, faînes, marrons d'Inde ou châtaignes
que je rencontre. Ils iront rejoindre les noyaux de pêches et autre
précieux pépins qui attendent sagement dans une boîte le moment d'être
mis en terre. Beaucoup ne le seront jamais, que le dieu des arbres
pardonne au ramasseur de graines impénitent que je suis. C'est aussi un jeu amusant à pratiquer
en famille, pour le plus grand plaisir des enfants qui doivent deviner
où l'arbre cache ses graines. Entre les écailles de la pomme de pin,
dans les gousses du robinier, ou au bout de la samare du tilleul les
surprises ne manquent pas, et les ballades d'automne se transforment
vite en jeu de piste...
Ne récolter que des graines mûres, par une
journée ensoleillée. De retour à la maison, extraire celles qui sont
encore dans leur enveloppe, trier, puis mettre à sécher trois semaines à
l'abri du soleil. Ranger dans des sachets en papier étiquetés jusqu'au
moment de les utiliser. Certaines graines se conservent plus de dix ans,
comme le mimosa, le févier, le robinier, seulement quelques mois ou
quelques semaines, selon les espèces.

Traitements de choc
La plupart des graines d'arbres récoltées en
automne sont incapables de germer. Même installées dans un sol fertile,
arrosées et bichonnées, elles refusent de pointer le nez dehors. Le
responsable de cette
bouderie est un
astucieux mécanisme appelé "dormance", qui les empêche de germer à
l'automne, avant l'arrivée du froid. Et leur évite de se faire cueillir
par les premières gelées.
Il va donc falloir les soumettre à un
traitement destiné à lever la dormance : la stratification. Il consiste
à placer, dans un grand pot de fleurs en terre cuite, des couches
alternées de sable humide et de graines. Le pot est fermé avec un
grillage pour le protéger des rongeurs, puis placé au pied d'un mur au
nord, pendant tout l'hiver. Au printemps, les germes commenceront à
apparaître.
Un autre procédé, plus moderne, consiste à mettre les
graines réhydratées dans un récipient garni de tourbe légèrement humide,
placé au réfrigérateur. Attention, ce froid est très déshydratant,
utilisez un récipient muni d'un couvercle étanche. Les graines seront
préalablement roulées dans de la poudre de charbon de bois pour les
protéger de la pourriture.
Le semis
A partir de mars, les semences sont prêtes. Le moment idéal
est celui où le noyau commence juste à s'ouvrir, ce qui exige une
surveillance attentive en fin de stratification, pour ne pas laisser les
graines germer directement dans le pot. Les plantules très fragiles
risqueraient de ne pas survivre au semis.
Semez en pépinière,
dans un sol bien préparé, comme pour un semis de légumes, à 40 cm
d'écartement entre les rangées. Les arbres forestiers apprécient
l'adjonction de terreau de feuilles de leur espèce, qui favorise la
croissance des mycorrhizes, ces champignons associés aux racines qui
participent à l'assimilation des éléments nutritifs. Maintenez le sol
aéré, par des binages réguliers, arrosez en période de sécheresse. Au
bout d'un an vos jeunes protégés auront atteint une taille appréciable,
il est bon alors de les arracher pour un premier repiquage, qui va
renforcer le système racinaire.
Pour ce qui est de la plantation
définitive, le plus difficile est quelquefois de savoir où planter !
Mais là c'est une autre histoire, au sujet de laquelle personne n'a
besoin qu'on lui donne de conseils ...
Les exceptions
Si la
stratification est la règle générale en matière de semis d'arbres, il
existe de nombreuses exceptions. Les pépins de pommier, de poirier, de
cognassier, les graines du sophora, du citronnier, peuvent se contenter
d'une simple réhydratation par trempage 24 heures dans de
l'eau.
D'autres ont besoin non pas de froid, mais de chaleur.
C'est le cas du robinier, du mimosa, du fèvier, de l'arbre de Judée.
Mettez les au fond d'un grand bocal, et couvrez d'eau bouillante.
Laissez refroidir 24 heures.
Enfin il existe des graines extrêmement
fragiles, qui doivent germer dans la semaine qui suit leur
dissémination. C'est le cas du peuplier, du saule, de l'orme, toutes
graines qui mûrissent au printemps, et lêvent sans attendre. Récoltez
quand les chatons commencent à se disloquer, et semez
immédiatement.
Calendrier de semis(*) Pour la levée de
dormance selon la méthode traditionnelle, les graines seront mises en
stratification au plus tard en décembre / janvier.e au froid au réfrigirateur.