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lundi 26 janvier 2009      

S.O.S. ARBRES

 

Dans un petit livre paru en 1986 aux éditions Syros intitulé "Un adieu aux arbres", Jean Roger Mercier s'émeut des menaces qui semblent peser sur le mondes des arbres. On est en pleine période des pluies acides, et des forêts entières disparaissent, décimées par les fumées des usines. Outre la déforestation, toujours aussi importante et actuelle aujourd'hui, le problème de la santé des forêts, et des arbres en général, fait peser une menace sur les boisements de la planète toute entière. Les arbres seraient ils, tout comme nous, touchés par des maladies de civilisation ? Atteints par des maladies apparues récemment, et qui semblent s'être développées parallèlement à l'avancée de la civilisation industrielle.

La mort dans l'arbre
La disparition brutale des ormes est encore dans toutes les mémoires. Les premières observations relatives à ce qui allait devenir une véritable catastrophe écologique remontent au milieu du XIXème siècle, mais c'est en 1919 que se répand, à partir des Pays Bas la "maladie Hollandaise de l'Orme", qui va très vite faire des dégâts importants en Belgique et en France. En 1921 une chercheuse hollandaise, Marie Beatrice Swarrz isole dans le bois des ormes atteints le champignon microscopique responsable de la maladie :Cératocuystus ulmi, se transmettant d'un arbre à l'autre par l'intermédiaires d'insectes parasites, les scolites.
En 1927 la maladie se déclare Grande Bretagne, en 1930 elle franchit l'Océan à la faveur d'importation de bois d'ébénisterie, et débarque à Cléveland dans l'Ohio, on la trouve à New York en 1933, au Quebec en 1944, en Californie en 1975. Dans le même temps elle se propage en Europe de l'est, puis en Asie, dans tous les territoires où poussent des Ormes.
Le feuillage des arbres atteints commence par roussir, les branches se dessèchent, et en quelques années, l'arbre meurt sur pied. Plus de 95% des ormes ont disparu de cette manière.

Les platanes, les cyprès, les poiriers
Entre 1970 et 1990, plus de 10.000 platanes dans les Bouches du Rhône, et à peu près autant dans le Vaucluse, sont détruits par le chancre coloré du platane. D'un mal incurable, introduit en France à la suite du débarquement allié en Provence, en août 1944. Les germes de la maladie se trouvaient dans le bois de caisses fabriquées avec des planches de platane porteuses d'un redoutable parasite. La première contamination s'est produite à Marseille, où les caisses de matériel avait été stockées au milieu des arbres du parc Birelly, à quelques encablures du vieux port. Jusqu'à la fin des années 60, il ne s'est rien passé, en tout cas rien d'assez spectaculaire pour alerter la protection des végétaux. Ce n'est qu'en 1974 que deux chercheurs de l'université de Marseille, Jean François Ferrari et Mathylde Pichenot, identifient le mal étrange qui commence à faire des ravages sur les platanes de la région. Après être resté longtemps discret, le champignon était sorti du parc Borelly par le grand portail, et avait envahi le sextuple alignement des allées Borelly, d'où il gagnait proche en proche les autres platanes de la ville.
A partir de ces foyers initiaux, les choses ensuite evoluent très vite.
L'infection commence lorsqu'une spore du champignon pénètre dans les tissus de l'arbre, à l'occasion d'une blessure. Une lésion allongée apparaît sur le tronc ou sur la branche contaminée, d'abord colorée en bleu-noir, puis se pigmentant progressivement de taches orangées. Au centre l'écorce se dessèche, elle vire au brun clair et se craquelle en un réseau de petits polygones réguliers. La lésion s'étend de un à deux mètres par an, dessinant de longues empreintes en forme de flammes étirées bleu noir et orangé, sans que l'arbre ne manifeste de réaction cicatricielle. Dans la couronne, le feuillage se clairsème, les feuilles jaunissent, deviennent de plus en plus petites à mesure que la maladie progresse. Les arbres adultes meurent au bout de trois à cinq ans.

Mesures préventives
Le chancre coloré est une maladie qui se transmet par de nombreux moyens, dont le principal est lié aux activités humaines. Comme on l'a vu, c'est l'importation de bois infesté qui est à l'origine de la contamination des platanes d'Europe, un scénario qui rappelle la contamination des ormes américains par de grumes importées d'Angleterre, porteuses des germes de la graphiose.
En France, ce sont souvent les outils d'élagage qui ont servi de vecteur, ce qui explique la rapidité foudroyante avec laquelle la maladie s'est répandue le long des alignements. Les engins de travaux public travaillant à proximité des arbres dont ils blessent les racines, ont également joué un rôle important. On sait aujourd'hui à quel point il est important de désinfecter les outils de taille et de nettoyer, ce qui est plus difficile, le matériel de chantier, chaque fois qu'on travaille sur des platanes dans les régions à risque.
Le champignon est aussi capable de passer d'un arbre à l'autre par contact racinaire. Ce qui oblige à abattre, en même temps que les platanes malades, des platanes apparemment sains poussant à proximité. Les arbres sont d'abord dévitalisés, puis transportés dans des véhicules bâchés jusqu'à une décharge contrôlée où ils sont incinérés, ou profondément enterrés ; les sciures et les débris restants sont arrosés de fongicides avant d'être balayés et récupérés.
Le champignon peut enfin se transmettre par voie aquatique, en passant par les racines des arbres qui poussent le long des cours d'eau. Là encore il est important de prendre des précautions quand on travaille sur des platanes en bord de rivière, en particulier pour éviter que les débris ne tombent dans l'eau et n'aillent contaminer tous les arbres du rivage.

Des arbres résistants
Toutes les mesures prophylactiques mises en oeuvre ont permis de neutraliser un grand nombre de foyers dans les régions atteintes. Après une phase explosive l'épidémie à perdu de sa virulence, mais elle continue de rester menaçante comme le montre son extension dans les départements voisins des Bouches du Rhône, et récemment jusque dans la région lyonnaise.
Après avoir concentré leurs efforts sur la connaissance de la maladie et les méthodes de lutte préventive, les chercheurs travaillent à la mise au point de variétés résistantes au chancre coloré. Le professeur Vigouroux, de l'INRA de Montpellier, cherche du côté des platanes américains, qui sont en contact depuis très longtemps avec cette maladie, et parmi lesquels se trouvent des arbres beaucoup plus résistants que les nôtres. Ils sont en revanche très sensibles à l'anthracnose, une maladie contre laquelle les platanes orientaux se défendent bien. Pour trouver le platane idéal, l'équipe du professeur Vigouroux a donc procédé à une série de croisements entre des platanes américains, peu sensibles au chancre, et des platanes orientaux, en choisissant les spécimens les plus tolérants à l'anthracnose et à l'oïdium*. Les graines obtenues ont été semées en 1994, les jeunes hybrides grandissent dans les jardins de l'INRA, il faut maintenant attendre quelques années avant qu'on puisse pratiquer sur eux les premiers tests de résistance. Et de nombreuses années de mise au point seront encore nécessaires pour passer du stade expérimental à l'application sur le terrain. De nombreuses années avant qu'on puisse de nouveau espérer replanter sans danger des platanes à Marseille et aux alentours.
En attendant on les remplace par des micocouliers, un autre très bel arbre du Midi à la santé épatante.

Repéré pour la première fois aux Etats -Unis en 1928, dans des plantations de Cupressus macrocarpa, cette maladie provoquée par un champignon microscopique s'est ensuite propagée à la faveur des échanges commerciaux, en Nouvelle Zélande (1933), en Afrique du Sud et dans le midi de la France (1944), en Australie (1949), en Italie et en Espagne (1951). Assez peu virulent au début, Sieridim cardinale a commencé à faire parler de lui à partir de l'hiver 1956, où des gelées allant jusqu'à -18 ont considérablement affaibli les plantations de cyprès. Trouvant dans les arbres endommagés par le gel un terrain favorable à son extension, il s'est en peu de temps énormément propagé, et se montre aujourd'hui capable de s'attaquer aux arbres sains.
On repère de loin les cyprès atteints, à leurs branches qui se décolorent progressivement, puis virent au brun roux et se dessèchent. A partir des régions atteintes, la maladies gagne le tronc et se répand dans tout l'arbre, qui se dessèche et meurt en quelques années. Sur l'écorce des branches malades apparaissent des boursouflures chancreuses, d'où partent d'importants écoulements de résine. De petites ponctuations noires, les acervules, apparaissent au niveau des chancres, et produisent les conidies qui assurent la dissémination de la maladies.
Les germes du champignons se propagent pendant les périodes pluvieuses du printemps et de l'automne, et pénètrent dans le rameau par des micro blessures, ou par les ponctuations des lenticelles.
Comment traiter
La première chose à faire est de supprimer toutes les branches atteintes au ras du tronc, puis de brûler systématiquement les arbres morts de cette maladie, les branches infestées, les déchets de taille.
Il n'existe pas de traitement satisfaisant contre cette maladie. Les pulvérisations de fongicides à base de bénomyl, en mars avril puis en automne, jointes à une taille sanitaire appropriée, peuvent permettre de sauver les arbres relativement peu atteints.
Dans les régions à risque, on plantera soit des cyprès de l'Arizona, certes moins esthétiques mais nettement plus résistants, soit des sélections du Cyprès de Provence résistantes au Sieridim, tels que la variété Mistral mise au point par l'INRA de Montpellier dans les années 70.
Ainsi le feu bactérien, repéré pour la première fois dans les années 1800 dans la vallée de l'Udson sur des rosaciées sauvages, ne semblait pas être appelé au devenir un fléau. Pourtant, en un peu plus d'un siècle il traverse tout le continent américain, et se retrouve en 1900 sur la côte Pacifique. En 1919, il est signalé en Nouvelle -Zélande, en 1957 dans le Kent, d'où il s'étend progressivement aux pays riverains de la mer du Nord, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark. En 1972, les premiers foyers sont repérés dans l'arrière pays de Dunkerque, sur des haies d'aubépine. De 1978 à 1984, des foyers se déclarent dans la région de Dax, près de Marmande, en Dordogne, dans le Limousin, le Val d'Oise, l'Orléanais, en Alsace etc... Cette maladie contre laquelle il n'existe aucun traitement efficace a motivé l'arrachage de centaines de milliers d'arbres, tant aux Etats Unis qu'en Europe, A l'heure actuelle l'extension du feu bactérien est relativement stabilisée, mais il faut désormais apprendre à vivre avec. Un certain nombre de mesures très strictes (*voir encadré) destinées à contenir la maladie ont été prises à l'échelon européen. En France on peut considérer qu'elle est endémique dans toute la moitié Ouest du territoire, tandis que la zone Est est relativement épargnée. La maladie est présente en Belgique, et dans quelques foyers localisés en Suisse (dans la région de Baden-Wurtenberg).

* une autre maladie du platane qui prend une extension inquiétante.

 

  
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La dernière mise à jour de ce site date du 26/01/09