| Taille | Traitements | Dossiers | Arbre & loi | Formations | Livres | De mémoire d'arbres | Stages | écrirenous ecrire|

vendredi 05 juin 2009      

 

Tailler les arbres en douceur

 

Accueil
La taille douce
Les traitements bio
La plantation des arbres
Les dossiers de l'agence
L'arbre et la loi
les stages
Les formations
Exposition

 

La taille douce des arbres fruitiers, ce que j'appelle la taille des arbres libres, part du principe qu'il est préférable de s'adapter à la physiologie des arbres plutôt que d'adapter les arbres... à la hauteur des échelles de cueillette ou à la mode du moment.

La taille des arbres libres ne cherche pas à imposer une forme particulière aux arbres. Pourquoi se donner tant de mal à modeler, à diriger une forme qui s'établit très bien d'elle même ? Les arbres n'ont pas attendu l'invention du sécateur pour savoir comment pousser, comment grandir. En les laissant se former librement, on se débarrasse - et on libère l'arbre par la même occasion - du carcan de la taille de formation.

Pendant sa période juvénile, il suffit de le laisser se développer naturellement, tout en l'aidant éventuellement à conserver l'harmonie qui lui est propre. Je vous assure que ça marche très bien. Un arbre qu'on ne contrarie pas sans cesse devient vite très beau et équilibré. Un pommier en forme libre possède un axe central bien marqué, avec une couronne arrondie assez dense. Sa silhouette générale n'est pas la même selon la variété. Reine des Reinettes, ou Pomme d'Api, ont un port érigé assez raide, tandis que Belle Fleur Jaune ou Reinette du Mans ont un port étalé et souple, avec de longs rameaux retombants. On peut dire que chaque variété a une forme qui lui est propre, ce que les habituelles tailles de formation à schéma préétabli empêchaient jusqu'à présent de mettre en évidence.

Un autre avantage de la forme libre, c'est que la mise à fruit est tout aussi rapide, sinon plus, que celle d'un arbre soumis à une taille rigoureuse ... Intéressant pour nous autres croqueurs impatients...

 

 

 

 

 

Un vieux pommier avant la taille

 

 

 

 

 

Le même pommier, après
taille d'éclaircie

 

Apprendre à tailler
Dire que la taille de formation est superflue ne signifie pas pour autant qu'on ne doive faire aucune taille. Il y a certes des arbres comme le noyer ou le cerisier qui fructifient très bien sans le moindre coup de sécateur. Et qui par dessus le marché ne supportent pas la taille. Mais il y en bien d'autres, comme le pommier ou le poirier ( ou la vigne ...) dont la production est très nettement améliorée quand on les taille judicieusement.

Alors, comment faire ?

Pour celui qui n'a pas eu la chance d'être initié par un professeur expérimenté, l'approche, même avec beaucoup de bonne volonté, n'est pas évidente. On se sent un peu perdu. On a bien du mal à faire coïncider les instructions que donne le manuel avec la réalité de ce qu'on a sous les yeux ! Ca ne correspond jamais ! Heureusement il nous reste la possibilité de poser le manuel, d'oublier si possible tout ce qu'on a cru savoir à propos de la taille, et d'aller chercher l'information à sa source, c'est à dire auprès des arbres eux-mêmes. Parce que figurez vous que la taille ce ne sont pas les hommes qui l'ont inventée, ce sont les arbres eux mêmes !

Professeur Poirier
Observez un grand poirier vigoureux, qui n'a jamais reçu un coup de sécateur. C'est un des meilleurs professeurs qui soit.

Regardez le bien. Vous pourrez voir que sur un arbre adulte, même en parfaite santé, il y a toujours une certaine proportion de bois mort. Et que ce bois mort (quand il n'est pas le signe d'une maladie ou d'une attaque parasitaire), c'est tout bonnement de "l'auto élagage". C'est l'équivalent naturel de cette taille d'entretien dont nous voulons comprendre ici les principes. Pour apprendre à tailler, montez dans un arbre et enlevez le bois mort. Et observez !

Premières observations
Le bois mort se trouve dans les parties mal éclairées de la charpente.

C'est à l'intérieur de la couronne, dans les parties enfermées, qui ne reçoivent plus un éclairement suffisant que se trouve la plupart des rameaux desséchés. Ils sont trop mal placés pour participer efficacement à la photosynthèse, leurs feuilles ne captent plus assez de lumière, et qui sont progressivement éliminés sous la forme de bois mort. Leur élimination contribue de plus, à aérer la couronne de l'arbre, ce qui est comme par hasard un des objectifs principaux de la taille d'entretien.

En y regardant d'un peu plus près, on peut voir également que ce bois mort concerne plutôt des branches retombantes que les branches érigées. Parce que figurez-vous que la sève, elle préfère monter que descendre. Tout le contraire de nous quand on doit prendre un escalier...

Enfin, dernière observation, très importante également : ce sont les rameaux les plus âgés, ceux qui ont déjà porté de nombreuses générations de fruits, qui sont éliminés au profit des productions plus jeunes. Ce mécanisme qui permet le renouvellement régulier des branches fruitières mérite qu'on s'attarde à l'observer en détail. Voici comment cela fonctionne :

1) sous le poids des fruits qu'ils portent, les rameaux se courbent de plus en plus et finissent par prendre une allure retombante.

2) au sommet de cette courbure, de cette arcure comme disent les arboriculteurs, apparaissent de jeunes pousses vigoureuses, comme si la sève dans son mouvement ascendant avait crevé la branche et provoqué le départ de nouvelles ramifications.

3) chacune de ces pousses, au bout de quelques années, se met à fruit à son tour, et progressivement se courbe sous leurs poids. En se courbant, elle se place au dessus de la branche mère, et lui accapare une partie de son éclairement.
Ainsi, année après année, les générations successives de rameaux se superposent, les plus âgés se retrouvent en dessous, et privés de lumière, mal alimentés par la sève, dépérissent petit à petit pour faire de la "place aux jeunes"... Il s'agit là d'un véritable auto-élagage, qui est partie intégrante du fonctionnement de l'arbre.

La cicatrisation
Avant de se lancer dans la taille, et de chercher à savoir "quoi couper", il est important de savoir "comment couper". En premier lieu, gardez présent à l'esprit que l'arbre fonctionne comme un réseau, un circuit parcouru par la sève depuis les racines et le tronc jusqu'à l'extrémité des plus fines brindilles. N'interrompez pas le circuit n'importe où, ne coupez pas les branches ou les brindilles en plein milieu, ça fait des fuites ! Taillez toujours un rameau au niveau de son insertion sur le reste du réseau. Sans laisser de chicot, qui ferait une excellente porte d'entrée pour les micro organismes en tout genre, et sans entamer la branche support. Il faut couper juste à la frontière, tailler les rameaux comme pour les "débrancher" (comme cela se produit naturellement pour le bois mort).

Evitez de faire de grosses coupes. Chaque plaie de taille, c'est une perte d'étanchéité qui menace le bois, c'est un peu comme une voie d'eau à l'intérieur d'un sous marin. Et la cicatrisation des plaies de taille prend "un certain temps", pendant lequel le bois pourrit lentement. Il n'y a qu'à regarder les platanes au bord des routes et voir les trous béants qui se creusent au niveau des grosses plaies de taille pour se faire une idée du problème. Alors ne taillez pas trop gros.

Enfin, pensez à conserver un tire sève, un petit rameau exutoire destiné à remplacer le prolongement naturel d'une branche raccourcie et à favoriser la cicatrisation. Ceci se fait d'ailleurs tout naturellement si on respecte bien le réseau.

A vous de jouer
Les principes de base de la taille des arbres libres découlent directement de ces observations. Exercez vous sans chercher particulièrement à faire de la taille fruitière. Une des meilleures façons d'apprendre à tailler est de commencer par enlever dans un arbre tout son bois mort, en regardant bien où il se place.

Et ensuite ? C'est une question de bon sens. La taille des arbres libres, c'est accompagner l'arbre dans son processus d'auto-élagage, c'est l'aider à se rajeunir. Ou encore, si vous préférez, ça consiste à enlever le bois mort un peu avant qu'il soit mort. Tout simple, non ? Alors, à vos sécateurs, et mes amitiés à vos arbres.

Alain Pontoppidan

 

  
retour en haut de page
    | Taille | Traitements | Dossiers | Arbre & loi | Formations | Livres | de mémoires d'arbres| Stages | nous écrirenous ecrire

agence des arbres Monlaur 09000 L'Herm -
adresse administrative : l'agence des arbres 21 rue des Chapeliers 09000 Foix

La dernière mise à jour de ce site date du 26/01/09